Une entreprise de second œuvre qui n’est pas RGE ne perd pas un label : elle perd un marché. Le recours à un professionnel « Reconnu garant de l’environnement » conditionne MaPrimeRénov’, les certificats d’économies d’énergie et l’éco-PTZ dès qu’une qualification existe pour le type de travaux vendus. Aucune de ces aides ne se verse sans lui. Pour un chauffagiste ou un poseur d’isolant, le sujet n’est donc pas la vitrine mais l’accès au chiffre d’affaires aidé.
RGE n’est pas une qualification, c’est une mention posée sur une autre
La confusion revient à chaque dossier. RGE ne s’obtient pas seul : c’est une mention ajoutée à une qualification professionnelle déjà instruite par un organisme accrédité. Le cadre est l’arrêté du 1er décembre 2015 relatif aux critères de qualifications, pris pour l’application du décret n° 2014-812 du 16 juillet 2014 qui a institué l’éco-conditionnalité des aides.
Le référentiel porte, selon les termes de l’arrêté, sur « la reconnaissance des capacités professionnelles, techniques et financières de l’entreprise pour la conception et la réalisation de travaux de qualité ». Trois pièces reviennent dans toutes les instructions. Les attestations d’assurance couvrant précisément les activités demandées, des références de chantiers avec devis et factures, et la désignation d’un référent technique attaché à une seule entreprise. Un défaut d’assurance ou une incohérence entre l’activité garantie et les travaux présentés arrête le dossier avant l’examen technique.
La qualification vaut quatre ans chez Qualibat, avec un questionnaire de suivi annuel obligatoire et le renouvellement du certificat chaque année. Une entreprise sans antériorité suffisante entre d’abord en probatoire, pour deux ans au plus.
Trois organismes, et l’électricien n’est pas chez Qualibat
Le second œuvre est qualifié par trois structures. Elles ne se recouvrent pas.
| Organisme | Champ | Ce qu’il couvre en second œuvre |
|---|---|---|
| Qualibat | bâtiment hors électricité | isolation thermique (famille 7), menuiseries extérieures (35), plomberie et ECS (51), chauffage et rafraîchissement (52), ventilation (53), conduits de fumée (54), efficacité énergétique et audit (famille 8) |
| Qualifelec | génie électrique et énergétique | courants forts, énergies renouvelables, infrastructures de recharge |
| Qualit’EnR | énergies renouvelables | QualiPAC, Qualibois, QualiPV, QualiSol, Chauffage+, Ventilation+ |
Qualibat qualifie l’entreprise selon une nomenclature à quatre chiffres bâtie dans l’ordre de construction de l’ouvrage, neuf familles, plus de 320 qualifications. Qualifelec est le seul organisme français qualifiant les entreprises d’électricité depuis 1969. Autrement dit, un plombier-chauffagiste et un électricien qui posent la même pompe à chaleur dans la même maison ne s’adressent pas au même guichet, et ne remplissent pas le même dossier. L’ADEME publie la table de correspondance complète entre chaque type de travaux et les qualifications qui l’ouvrent : Quelles qualifications et certifications RGE pour quels travaux, édition du 1er octobre 2025, 28 pages, gratuite au téléchargement. C’est ce document qui tranche les cas limites, pas les pages commerciales des délégataires.
Plusieurs corps d’état n’ont aucune mention RGE à demander
Le champ des aides se referme sur six postes de travaux : isolation des murs, isolation du plancher bas, isolation de la toiture, isolation des menuiseries extérieures, ventilation, production de chauffage ou d’eau chaude sanitaire. Les qualifications RGE se distribuent sur ces six postes et sur les énergies renouvelables, pas ailleurs.
Le carreleur, le peintre, le solier, le métallier, le serrurier, le menuisier d’agencement n’ont donc pas de mention RGE à obtenir : aucune qualification ne couvre leur activité au sens de l’arrêté de 2015. Ils interviennent pourtant sur des chantiers aidés, au titre des travaux induits, ces reprises indissociablement liées aux travaux de rénovation énergétique. Ces travaux entrent dans la dépense éligible retenue pour le calcul de l’aide sans ouvrir droit à un montant supplémentaire, et l’entreprise qui les réalise n’a pas à être qualifiée. Le plaquiste occupe la position inverse. Dès qu’il pose de l’isolant en doublage, il bascule dans le champ de l’isolation thermique, et la mention devient nécessaire pour que son lot compte.
Chez Qualibat, la première année revient à 729 € HT, formation non comprise
Qualibat publie sa grille en clair, ce qui permet de reconstituer la dépense sans approximation. Le tarif des prestations applicable au 1er janvier 2026 sépare trois postes : l’instruction, la mention, et le certificat annuel indexé sur l’effectif.
| Poste | Montant HT |
|---|---|
| Frais d’instruction initiaux, premier certificat compris | 257,50 € |
| Frais d’instruction d’une mention « RGE » | 44,17 € |
| Certificat annuel, effectif de 5 personnes ou moins | 97,50 € |
| Certificat annuel, effectif de 6 à 10 | 125,83 € |
| Certificat annuel, effectif de 11 à 15 | 195,00 € |
| Contrôle de réalisation RGE, audit simple | 330,00 € |
| Extension de catégorie de travaux RGE | 118,33 € |
Pour une entreprise de cinq salariés qui demande une première qualification avec mention, l’addition donne 399,17 € HT avant tout audit, et 729,17 € HT une fois le contrôle de réalisation déclenché. Formation non comprise : c’est elle, et non la qualification, qui pèse le plus lourd dans le budget d’entrée.
Deux mécanismes propres aux autres organismes changent la trésorerie plutôt que le total. Qualifelec étale le règlement sur quatre ans. 55 % l’année d’attribution puis 15 % chacune des trois suivantes, les qualifications probatoires restant dues à 100 % dès l’année N. Le dossier IRVE fait exception, avec un forfait de 112 € HT quel que soit le nombre d’indices demandés. Qualit’EnR facture ses frais d’instruction une fois par année civile et par marque, la seconde qualification d’une même marque étant acquise sans frais supplémentaires la même année. Ses qualifications dites critiques, QualiPAC et Qualibois, déclenchent un second audit d’installation au cours de la troisième année. Le détail organisme par organisme est traité dans la page consacrée à Qualifelec et Qualit’EnR, et la reconstitution complète du coût Qualibat dans celle du prix d’une première qualification.
La visite préalable se date sur le devis et sur la facture
Le professionnel qui réalise les travaux effectue une visite préalable du chantier pour vérifier l’adéquation des matériaux et des équipements au logement. La date de cette visite figure sur le devis et sur la facture. Rien de plus. C’est pourtant le motif de refus le plus mécanique à l’instruction : une ligne oubliée sur deux documents renvoie le dossier du client à son point de départ, des mois après la fin du chantier.
La mention s’ajoute à un jeu déjà chargé. Sur les dossiers aidés figurent l’intitulé de la qualification, l’organisme certificateur et le numéro de qualification par domaine, le recours à la sous-traitance avec coordonnées, SIRET et numéro RGE de chaque sous-traitant, les coordonnées de l’assureur et la référence du contrat de décennale. Les bons de commande sont refusés d’emblée par l’Anah, et devis comme factures doivent porter sur la fourniture et la pose. Le reste des mentions obligatoires du devis et de la facture s’applique par-dessus.
Deux rangs de sous-traitance, et un relevé de sinistralité sur quatre ans
Trois textes se sont empilés en dix-huit mois. Ils ne visent pas le même point, et un seul touche au référentiel technique.
La loi n° 2025-594 du 30 juin 2025 contre toutes les fraudes aux aides publiques limite la sous-traitance à deux rangs depuis le 1er janvier 2026 sur les travaux bénéficiant de financements d’amélioration énergétique. Elle permet à l’autorité administrative de suspendre le label six mois, renouvelable une fois, et à l’Anah de prononcer des sanctions atteignant 4 % du chiffre d’affaires, 6 % en cas de réitération. Depuis le 11 août 2026, l’entreprise informe le client, avant la signature du contrat, de la détention ou non du label requis pour les aides. La FFB relève une échéance de plus. Elle déplace la structure des marchés. Au 1er janvier 2027, l’entreprise donneuse d’ordre qui facture devra elle-même être RGE, y compris lorsqu’elle passe par des sous-traitants qualifiés. Le montage où une entreprise non qualifiée facture le client et sous-traite à un artisan RGE s’éteint à cette date.
L’arrêté du 23 juin 2026 rebat ensuite les contrôles. Le protocole d’audit combine désormais examen documentaire, visite physique de chantier et relevé de sinistralité établi par l’assureur sur les quatre dernières années, exigé au renouvellement. Les entreprises réalisant moins de dix chantiers par an basculent en catégorie non critique, avec un audit au maximum au lieu de trois. C’est contre-intuitif. Le faible volume allège la charge de contrôle. Un écart majeur, ou cinq écarts mineurs, déclenche un audit supplémentaire. La voie de validation des acquis ouvrira la qualification isolation sur trois audits de chantiers conformes, sans certificat FEEBAT, les énergies renouvelables restant soumises à formation. Les dispositions du référentiel s’appliquent depuis le 23 juillet 2026, la voie VAE et les clauses contractuelles au 1er mars 2027, selon le calendrier détaillé par la FFB sur les évolutions réglementaires du dispositif RGE. Le détail du texte est repris dans la page sur l’arrêté du 23 juin 2026. Le troisième texte, le décret n° 2026-664 du 23 juillet 2026, ferme la boucle administrative : les organismes de qualification transmettent désormais à l’Anah les sanctions envisagées ou prononcées. Une suspension décidée par Qualibat ne reste plus entre Qualibat et l’entreprise.
Ce durcissement ne sort pas de nulle part. La DGCCRF a contrôlé 994 établissements de la rénovation énergétique en 2025, contre 797 en 2023, et relevé un taux d’anomalie de 55 %, dont 34 % de professionnels présentant des manquements graves. Près de 200 amendes ou procès-verbaux pénaux avaient été transmis au procureur de la République au titre de la campagne 2025 à l’arrêté des chiffres en février 2026. L’administration précise que ses inspections partent de plaintes et de signalements : le taux mesure la qualité du ciblage, pas la sincérité du secteur. Reste que la pression s’exerce sur un ensemble déjà étroit : Qualibat déclarait 90 000 qualifications délivrées dans son bilan 2024, dont 40 000 portant la mention RGE.
Sources
- Arrêté du 1er décembre 2015 relatif aux critères de qualifications, et décret n° 2014-812 du 16 juillet 2014.
- ADEME, Quelles qualifications et certifications RGE pour quels travaux au 1er octobre 2025, 28 pages.
- Qualibat, Tarif des prestations, application au 1er janvier 2026, 20 pages.
- Anah, Les aides financières en 2026, édition de février 2026, et Travaux éligibles et induits, devis et factures, juillet 2025.
- DGCCRF, rapport d’activité 2025.
- ADEME, liste des entreprises RGE.