Une entreprise qui chiffre une pose collée de carrelage au sol ne travaille pas sous un texte, mais sous l’un des sept que l’Agence qualité construction a recensés dans son rapport d’observatoire 2025. Trois relèvent de la technique courante. Les quatre autres sont des Cahiers des prescriptions techniques du CSTB, et un chantier posé sous l’un d’eux sans que l’assureur en soit informé se retrouve hors du champ ordinaire de la garantie.
Le NF DTU 52.2 reste le texte central du lot, mais son domaine s’arrête à des seuils précis. Au-delà, ou à côté, ce sont d’autres documents qui prennent le relais, avec d’autres exigences de support, d’autres colles et d’autres obligations déclaratives.
Le NF DTU n’est pas obligatoire, et ça ne protège de rien
Un NF DTU est une norme d’application volontaire. Il ne s’impose pas de plein droit sur un chantier privé : il devient contractuel quand le devis, le marché ou le CCTP le vise, soit nommément, soit d’un coup en visant la NF P03-001, cahier des clauses administratives générales des marchés privés de travaux de bâtiment, elle-même en révision avec une publication prévisionnelle au 31 mars 2026.
Le raisonnement qui en déduit une liberté de mise en œuvre ne tient pas devant un expert. Après sinistre, la question posée est celle du respect des règles de l’art, et le NF DTU est le référentiel auquel experts et assureurs se rapportent, contractuel ou non. Le caractère volontaire de la norme joue sur son opposabilité au marché, pas sur son autorité technique.
Cinq rangs de documents se succèdent au-dessus du chantier : le NF DTU d’abord, puis les règles professionnelles acceptées par la Commission prévention produits de l’AQC, puis les CPT publiés en e-Cahiers du CSTB, puis les Avis techniques et Documents techniques d’application qui portent sur un procédé nommé, enfin les Appréciations techniques d’expérimentation. Les deux premiers rangs sont en technique courante. À partir du troisième, la couverture d’assurance ordinaire cesse d’aller de soi.
Cinq NF DTU portent le lot, et le plus ancien date d’avril 2008
Les dates ci-dessous sont celles de la liste des DTU en vigueur publiée par le CSTB au 2 février 2026, qui annule et remplace celle de décembre 2025. La date indiquée est celle de la partie 1-1, celle qui décrit la mise en œuvre.
| Référence | Objet | Date |
|---|---|---|
| NF DTU 52.1 | Revêtements de sol scellés : pose scellée, désolidarisée ou adhérente | Février 2020 |
| NF DTU 52.2 | Pose collée des revêtements céramiques et assimilés, pierres naturelles | Juin 2022 |
| NF DTU 52.10 | Sous-couches isolantes sous chape ou dalle flottantes et sous carrelage scellé | Juin 2013 |
| NF DTU 26.2 | Chapes et dalles à base de liants hydrauliques | Avril 2008, amendement A1 de mai 2015 |
| NF DTU 55.2 | Revêtements muraux attachés en pierre mince | Décembre 2014, A1 d’octobre 2016, A2 de juillet 2025 |
Le NF DTU 52.2 se lit en six parties, et l’usage courant qui parle du « 52.2 » au singulier masque une répartition qui compte sur un chantier : P1-1-1 pour les murs intérieurs, P1-1-2 pour les murs extérieurs, P1-1-3 pour les sols intérieurs et extérieurs, P1-1-4 pour les systèmes de protection à l’eau sous carrelage, P1-2 pour les critères de choix des matériaux et P2 pour le cahier des clauses spéciales.
Le NF DTU 26.2 n’est pas un texte de carreleur, mais il commande le sien. Il fixe ce qu’est une chape recevable sous un revêtement de sol, adhérente, désolidarisée ou flottante. Sa révision est inscrite au programme de travail du BNTEC depuis le 18 septembre 2024. Quand le sol est chauffant, un sixième texte entre dans le jeu : le NF DTU 65.14 de juillet 2023, qui traite l’interface directe entre les lots chauffage, chape et revêtement.
La pose collée au sol relève de sept documents
L’article du dispositif Alerte publié dans le rapport 2025 de l’Observatoire de la qualité de la construction recense les sept textes qui décrivent aujourd’hui cette seule mise en œuvre. Trois sont en technique courante.
| Document | Ce qu’il couvre |
|---|---|
| NF DTU 52.2, juin 2022 | Travaux neufs. Sols intérieurs jusqu’à 10 000 cm² de surface de carreau, extérieurs jusqu’à 2 200 cm². Grands formats (3 600 à 10 000 cm²) et formats oblongs (élancement de 3 à 10) soumis à tolérances dimensionnelles spécifiques et colle C2-S1 ou C2-S2 au sens de la NF EN 12004-1 |
| Règles professionnelles pose collée en terrasses extérieures, travaux neufs, janvier 2024 | Carreaux de 2 200 à 9 100 cm², locaux à faibles sollicitations classés P3. Pente de 1,5 % (2 % en outre-mer). Colle certifiée QB11 de classe C2 caractéristique E, double encollage dès 50 cm² |
| Règles professionnelles pose collée de revêtements céramiques de grandes dimensions, travaux neufs, avril 2024 | Très grands formats, de 10 000 à 15 000 cm². Planimétrie du support à 3 mm sous la règle de 2 m et 1 mm sous le réglet de 0,2 m, ouvrage d’interposition obligatoire, double encollage, compétences spécifiques exigées de l’entreprise au paragraphe 2.11 |
Les quatre derniers sont des CPT publiés en e-Cahiers par le CSTB, tous en technique non courante.
| Document | Ce qu’il couvre |
|---|---|
| e-Cahier 3825, juillet 2023 | Pose collée sur chapes fluides, ciment ou sulfate de calcium |
| e-Cahier 3529, octobre 2023 | Rénovation de sols intérieurs, locaux classés P3 au plus, jusqu’à 10 000 cm² ou formats oblongs. Étude préalable de reconnaissance du sol à la charge du maître d’œuvre, avant remise des prix |
| e-Cahier 3526-V5, octobre 2023 | Travaux neufs en locaux P4 et P4S |
| e-Cahier 3530-V5, octobre 2023 | Rénovation en locaux P4 et P4S. Validation de la méthode de préparation du support et autocontrôle à l’avancement |
« Le NF DTU 52.2 couvre toute la pose collée. » Il en couvre une part, et cette part est bornée. Un sol intérieur de plus de 10 000 cm² de carreau sort de son domaine et bascule sur les règles professionnelles d’avril 2024. Une rénovation sort sur le CPT 3529. Une chape fluide sort sur le CPT 3825. Un local P4 sort sur le CPT 3526-V5. Comme l’entretien-rénovation représentait 58 % du chiffre d’affaires du bâtiment en 2024 selon le réseau des CERC, le cas de figure le plus fréquent du carreleur est précisément celui que le NF DTU ne traite pas.
La pose collée sur étanchéité échappe encore à ces sept documents. Elle relève d’Avis techniques, des règles professionnelles APSEL sur les systèmes d’étanchéité liquide en locaux humides, édition n° 2 de mars 2010, et des règles professionnelles CSFE de janvier 2024 sur les espaces non clos.
Quatre de ces sept documents sortent de la technique courante
Une technique non courante n’est pas une technique interdite. Elle oblige l’entreprise à informer son assureur avant travaux, faute de quoi la garantie peut manquer au moment où elle servirait. Sur un chantier de rénovation en logement occupé, avec une chape fluide et des carreaux de 120 par 120 cm, trois des quatre CPT peuvent se cumuler, et la déclaration à l’assureur devient la première ligne du dossier, avant le premier sac de colle.
Le tri se fait sur la Liste verte de la C2P, qui recense les Avis techniques et DTA non mis en observation, donc assurables en technique courante. La C2P publie par ailleurs deux fois par an la synthèse des mises en observation et des sorties d’observation.
Côté produits, deux certifications servent de repère de tri. QB UPEC porte sur le carreau, avec un référentiel calé sur le cahier CSTB 3825 de juillet 2023 et une option D+ requise au-delà de 3 600 cm². QB 11 porte sur les colles et les enduits. L’AQC insiste sur un point que la certification règle seule : un carreau légèrement bombé suffit à produire un défaut de collage, et vérifier les tolérances dimensionnelles à la réception d’une palette n’est pas à la portée d’une entreprise de pose.
Le carrelage porte plus de 90 % du coût des réparations sur revêtements de sol
14 % du coût total des réparations en maison individuelle vient du revêtement de sol intérieur, premier poste devant les fondations superficielles à 9,8 %. Dispositif Sycodés de l’AQC, désordres 2022-2024, édition 2025.
Le revêtement de sol intérieur est deuxième en nombre de désordres, à 8,9 % de l’effectif, et premier en coût. Les experts de l’AQC expliquent l’écart : la reprise impose de tout déposer, plancher chauffant compris, et les occupants doivent souvent quitter le logement pendant les travaux. Sur ce poste, plus de 90 % du coût des réparations concernent le carrelage et la pierre, en maison individuelle comme en logement collectif.
Le mur suit la même pente. En logement collectif, le poste revêtement de mur intérieur et plafond est passé de 1,6 % de l’effectif des désordres en 1995-2004 à 4 % en 2022-2024. Le carrelage et la pierre y pèsent 77,3 %, contre 3,2 % pour la peinture. Les causes relevées sont le défaut de collage pour 45 % des cas et la défaillance des joints pour 21,7 %.
Ces chiffres proviennent d’expertises Dommages-Ouvrage dont le montant retenu va de 762 € à 250 000 €, avec un ticket modérateur 2025 de 1 915 € TTC. Le carreau qui sonne creux et le joint qui s’ouvre en année deux n’y figurent pas : la sinistralité de proximité, celle qui coûte à l’entreprise sans passer par l’assurance, reste sous ce seuil.
La liste des textes est gratuite, leur contenu ne l’est pas
Le CSTB publie plusieurs fois par an la liste des DTU en vigueur, en PDF téléchargeable, numéros, intitulés et dates. C’est un sommaire, pas un contenu. Les normes elles-mêmes s’achètent à l’unité chez AFNOR ou au CSTB, ou par abonnement à la collection Reef, et les e-Cahiers du CSTB suivent le même régime. La FFB et la CAPEB négocient des tarifs pour leurs adhérents, ce qui pèse dans le budget documentaire d’une entreprise de trois à quinze salariés.
Ce qui est ouvert sans contrepartie : la liste verte de la C2P, les fiches Pathologie de l’AQC, les rapports de l’Observatoire, le site Sycodés ouvert en 2025 avec sa cartographie régionale des désordres depuis 2000, le programme de travail du BNTEC, et les normes rendues d’application obligatoire par un texte réglementaire, librement consultables sur Légifrance depuis le décret du 16 juin 2009 modifié par le décret n° 2021-1473 du 10 novembre 2021. Aucun NF DTU du lot carrelage n’entre dans cette dernière catégorie.
L’AQC a publié avec son article Alerte deux tableaux d’orientation, l’un pour les sols intérieurs, l’autre pour les sols extérieurs, qui renvoient au bon référentiel selon le support, le type de carreau et ses dimensions. Leur existence dit assez ce que l’agence pense de la situation : elle écrit noir sur blanc que « ce nombre relativement important de documents peut être un frein à la bonne connaissance des évolutions récentes des dispositions par les professionnels ». Le nombre de textes est devenu lui-même un facteur de risque, et il n’a pas fini d’augmenter.
Sources
- CSTB Éditions, Liste DTU – Février 2026 (textes publiés au 2 février 2026) — boutique.cstb.fr
- AQC, Rapport de l’Observatoire de la Qualité de la Construction, édition 2025 — qualiteconstruction.com
- BNTEC, Programme de travail au 15 juillet 2025 — bntec.fr
- AQC, Liste verte C2P — listeverte-c2p.qualiteconstruction.com
- FFB, Bien utiliser le NF DTU comme pièce de marché — ffbatiment.fr
- Légifrance, normes AFNOR d’application obligatoire — legifrance.gouv.fr